Je me demande parfois pourquoi on est tant obstiné par nous au lieu de l'être par ce qui nous entoure. Ça, c'était la phrase préface au long texte qui vous attend. Attention, je vais parler de moi. J'ai toujours voulu être une sorcière, alors j'ai toujours concocté des potions exécrables que ça soit dans le jardin ou dans le bain. Étant petite, je passais énormément de temps dehors, dans la forêt, les champs, la ferme voisine, les bâtiments désaffectés, avec Yann. Peu après avoir appris à tremper des Monster Munchs dans du ketchup, il arriva l'époque des dessins à la craie sur la route, des cabanes dans les arbres, des descentes attachés sur une planche à roulettes, des histoires au coin du feu. J'ai toujours vu mon enfance comme la plus belle, la plus riche en aventures, la plus magique, bercée par les sons que nous faisions naître d'entre nos mains la nuit. Et puis j'ai déménagé, j'ai quitté la Cabane Des Arbres, la grande pente, le ruisseau, l'ancienne usine et je me suis éloignée, sans m'en rendre compte, de ce que j'appelle désormais mon passé. Depuis il n'a plus jamais neigé autant que l'époque des bonshommes de neige. Il n'a plus jamais eu autant de soleil que ces après-midis à jouer en maillot sur la pelouse. Il n'est plus jamais tombé autant de pluie que depuis ces danses sur le chemin. Et je sais qu'il n'y aura plus jamais de sourires aussi francs que ceux des petits êtres que nous étions, n'est-ce pas ? C'est à ce moment là que vint le collège, on quitta, le sourire scotché aux lèvres, les longues récréations des mois chauds, pour entrer dans ce monde de critiques et de méfiance. Grand-père est partit. J'ai beaucoup souffert. Son sourire sage, ses mains abimés, son regard réconfortant. C'était le plus génial de tous les grands-pères, et c'est là qu'on se rend compte de ce qu'est l'amour. Cette façon qu'on a de ne jamais se le dire et de toujours le regretter par la suite. Fraternité, amitié. Et amour, sans savoir vraiment ce que c'est, le vrai. La chaleur de l'autre, peut-être, du moins c'est comme ça que j'imagine le début. Et depuis j'ai quatorze ans, sept mois et vingt-quatre jours. Et je trouve que le temps passe beaucoup trop vite. Juste le temps d'une certaine mélancolie.